Session #18 · 14/09/2026

Face au Reflet de la Vérité

Désormais dans la dimension du Miroir au Pendule, la Ménagerie doit faire face au Grand Carillon et à sa horde de talons dans un endroit qui pourrait se transformer en un tombeau pour l'ensemble des héros de Gardemer.

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Session 18 — Le Droit de Rêver

La Ménagerie n’a plus de sortie. Autour d’elle s’étend cette impossible dimension du Miroir : une allée noyée dans la fumée, bordée de statues d’hommes aux visages de hiboux, dominée par un miroir gigantesque au sommet duquel oscille un pendule métallique. Devant eux, une quarantaine de Talons attendent. Et au-delà, dans le reflet, se tient le Grand Carillon. Quelques secondes plus tôt, Jarad s’était élancé vers lui, convaincu qu’il pouvait enfin contrôler cette force violette qui grandissait en lui. Sa propre dague s’était retournée contre son corps, le câble s’était enroulé autour de lui, et la lame avait transpercé son abdomen. Puis le Grand Carillon l’avait soulevé comme un pantin et projeté loin dans l’obscurité, hors de portée de ses compagnons. Il ne reste donc plus que cinq silhouettes face à une armée. Le Grand Carillon lève la main. Et les Talons chargent.

La première vague se brise sur la Ménagerie dans un fracas de griffes, de métal et de plumes. Zil esquive les premières attaques, Avel glisse entre les serres, Boghar oppose son bouclier à l’assaut. Le loxodon ouvre immédiatement son carnet et invoque la bénédiction du Pétale Doré : une aura enveloppe Avel, Orion et Simon, resserrant leurs esprits au milieu du chaos. Puis le groupe riposte. Zil abat son premier Talon d’un coup de hachette. Simon, isolé sur le côté, tranche deux créatures en quelques secondes avec son Sabre de Mer. Avel fracasse un crâne contre le sol, puis un second contre l’une des statues, avant d’enfoncer son poing dans le torse d’un Guerrier-Talon. Orion, lui, s’avance au contact avec une froideur presque mécanique : un premier coup d’épée dans l’épaule, un deuxième dans le flanc, et déjà la créature face à lui commence à vaciller.

Puis le pendule oscille. CLANG. Le Grand Carillon recule dans le miroir. À l’intérieur du reflet, sa silhouette devient immense, presque divine. Son rire envahit la salle. Il affirme déjà savoir comment tout cela finira. La deuxième vague arrive. Les Talons s’amassent autour du groupe. Simon esquive deux séries de griffes, l’un de ses adversaires se coinçant même la main dans le socle d’une statue. Orion prend un coup sur les côtes, mais protège Avel d’une autre attaque en opposant son gantelet. Boghar invoque un glas d’énergie verte qui percute l’esprit d’un Guerrier-Talon, le désorientant. Zil et Orion continuent de travailler ensemble sur leur adversaire, jusqu’à ce que le bec du monstre finisse par se refermer sur l’épaule de l’harengonne, tachant sa fourrure blanche de rouge. Depuis le miroir, le Grand Carillon frappe Simon avec une pluie d’éclairs nécrotiques. L’armure tient. Simon lève les yeux vers lui, presque amusé, et lui répond qu’il faudra faire mieux que ça. Le Grand Carillon prend la remarque au sérieux. Son regard se tourne vers Zilgwyn. Les yeux de l’harengonne deviennent jaunes. Sans comprendre ce qu’elle fait, Zil pivote et plante sa hachette dans le flanc d’Orion. Le paladin chancelle. Une seconde plus tard, elle retrouve ses esprits, retire immédiatement la lame et fixe Orion avec un regard horrifié. Mais il n’y a pas le temps pour les excuses. Les Talons reviennent déjà.

Avel transforme alors son bâton en tempête. Une créature est balayée, une autre écrasée, et le Guerrier-Talon proche de la statue voit son crâne rebondir contre la pierre sous la violence des coups. Orion se fraie un chemin dans la masse, tranche un Talon en deux puis empale le suivant contre une statue. Le pendule repart. CLANG. Six nouvelles silhouettes jaillissent du miroir. Et pour la première fois, la Ménagerie comprend le problème : il n’y aura pas de fin à cette bataille tant que le miroir restera entier.

Au troisième assaut, les monstres continuent d’arriver. Boghar ouvre son carnet et prononce un mot d’une simplicité presque absurde au milieu de l’enfer : « MIEL. » Un flot de miel bouillant jaillit des pages, recouvre un Talon et un Guerrier-Talon. Le premier meurt instantanément, ébouillanté ; le second hurle sous la chaleur collante qui dévore sa chair nécrosée. À quelques mètres, Zil découpe son propre Guerrier-Talon entièrement en deux, à grands coups de hachettes, avant d’adresser une nouvelle fois à Orion un regard silencieux d’excuse. Le Grand Carillon commence à perdre patience. Il reconnaît que la Ménagerie est plus coriace qu’il ne l’avait imaginé et invoque de nouvelles créatures : deux Talons, puis un Guerrier-Talon, lentement arrachés au miroir avant de se jeter dans la mêlée. Cette fois, ses éclairs frappent Simon de plein fouet.

Le guerrier se relève. Et comprend. Tout vient du miroir. Il tranche son dernier adversaire, traverse le champ de bataille et abat le Guerrier-Talon qui harcelait Boghar, enfonçant son Sabre de Mer dans sa gorge avant d’arracher sa tête. Puis il crie aux autres de changer d’objectif : le miroir. Avel ne demande pas d’explication supplémentaire. Iel court. Deux Talons tentent de lui barrer la route ; Avel plante son bâton, prend appui dessus et les expédie tous les deux d’un coup de pied retourné. Boghar, qui venait d’annoncer qu’il s’occuperait des petites créatures, reçoit simplement les excuses ironiques du génasi : elles gênaient le passage. Orion, lui, concentre son instinct divin. Il ne ressent rien autour d’eux. Rien… sinon une présence obscure gigantesque derrière ce miroir.

Le pendule oscille encore. Cette fois, quatre Talons apparaissent, et avec eux, un Paladin-Talon. Hallebarde-pendule à la main, il se place immédiatement entre Avel et le miroir. Le combat se resserre. Boghar invoque son marteau spirituel, qui frappe dans la masse et abat deux Talons presque d’un même mouvement. Zil bondit au milieu de la horde, rate une première attaque et plante sa hachette dans le sol ; lorsqu’un Talon tente de poser le pied dessus, elle le fend avec sa deuxième arme. Le Grand Carillon tente alors de prendre le contrôle de Boghar. Mais quelque chose résiste. Le loxodon regarde ses compagnons : Avel avançant malgré les griffes, Simon affrontant une armée entière avec un sourire, Orion protégeant les autres malgré ses propres blessures, Zil refusant de tomber. Et le Grand Carillon ne trouve aucune prise. Boghar reste lui-même.

Simon, lui, grave une rune sur son bras. Son corps grandit encore et encore, jusqu’à dominer presque tout le champ de bataille. Il regarde autour de lui, voit les statues massives qui bordent l’allée… et annonce, comme toujours, qu’il a un plan. Il arrache une statue à son socle et la lance sur le miroir. Il rate complètement. La statue disparaît dans le brouillard noir derrière la structure. Un silence presque absurde tombe un instant. Même le Grand Carillon paraît déconcerté. Ce groupe est complètement fou. Mais Simon ne s’arrête pas. Avel, au pied du miroir, affronte désormais le Paladin-Talon. Coups de bâton, poings, balayages, esquives. Le monstre lève sa hallebarde mais n’arrive pas à toucher le génasi. Orion, lui, protège Zil et lui demande de rester près de lui. La Ménagerie commence, malgré tout, à reformer une ligne.

Le cinquième assaut apporte son lot de blessures, mais aussi la première véritable brèche. Boghar pose une main sur le gigantesque orteil de Simon et l’inonde d’une nouvelle énergie de renforcement. Simon sourit. Cette fois, il saisit une autre statue. Il la lance. Elle frappe le miroir. Une première fissure apparaît. Des étincelles bleues jaillissent de la surface. Simon recommence. Une seconde statue percute le verre. Les fissures s’élargissent. Pour la première fois, le rire du Grand Carillon hésite. Pendant ce temps, Avel livre un combat presque chorégraphié contre le Paladin-Talon. Coups de bâton, coudes, poings, pieds, changements d’appuis : tout l’entraînement du Cloître du Rieur Fendu s’exprime enfin dans une succession de frappes qui oblige la créature à reculer. Orion fend un Talon en deux puis plante son épée dans le Guerrier qui harcèle Zil, le laissant à l’article de la mort.

Mais le Paladin-Talon finit par trouver l’ouverture. Sa hallebarde tranche l’abdomen d’Avel. Puis il bondit vers Simon, lame de bras en avant. Le guerrier gigantesque voit venir l’attaque. D’un simple mouvement du bras, il balaye la créature en plein vol. Le Paladin s’écrase au sol. Le pendule oscille. Encore des Talons. Encore un Guerrier. La bataille refuse de mourir.

Et c’est alors que Boghar hurle.

Un Talon vient de refermer ses mâchoires sur son bras droit. La pression est si forte que le coude du loxodon se brise net. Un râle grave, presque animal, traverse la salle. Quand Boghar arrache son membre à la gueule de la créature, le bras pend déjà, inutilisable. Et la nécrose commence. Il ne s’arrête pourtant pas. Il attrape son carnet avec sa trompe, range son bâton et, avec son unique bras valide, pose la main sur une nouvelle statue. Un glyphe apparaît dans la pierre. Il lève les yeux vers Simon. La prochaine. Celle-là. Simon comprend immédiatement.

Pendant ce temps, les yeux de Zil virent au rouge. Des larmes de sang coulent le long de son museau. La rage l’emporte. Elle tranche un Guerrier-Talon en deux horizontalement, puis plante sa hachette dans la carotide d’une seconde créature. Avel empêche un autre Guerrier de bondir vers ses compagnons en le cueillant au vol avec son bâton. Puis toute la dimension tremble. Une secousse profonde. Lointaine. Comme si quelque chose frappait le monde depuis l’extérieur. Personne ne le sait encore, mais au-delà de cette dimension, les trébuchets de Sir Damian Tourbrillant viennent de commencer leur bombardement de la Villa du Centenaire.

Le Grand Carillon s’impatiente. Il dit que cela dure depuis trop longtemps. Simon saisit la statue marquée du glyphe, vise le haut du miroir et lance. La pierre traverse la salle, frappe juste sous l’attache du pendule… et explose. Le glyphe de Boghar éclate dans une déflagration gigantesque qui secoue toute la dimension. Le miroir se couvre d’un réseau de fissures. Le reflet du Grand Carillon se duplique, se découpe en dizaines de silhouettes brisées. Il hurle que cela ne peut pas se passer ainsi. Mais la Ménagerie continue. Avel se retrouve seul·e face à quatre Talons. Un mouvement circulaire du bâton, un seul, et les quatre créatures s’effondrent autour d’iel. Orion passe sous la silhouette gigantesque de son frère, enroule son amulette autour de son gantelet et frappe le Paladin-Talon au visage avant de lui ouvrir le torse à l’épée. La créature tente une dernière fois de bondir sur Simon. Cette fois, Simon ne la repousse pas. Il l’écrase. Sa botte gigantesque s’abat sur le Paladin-Talon et broie la créature contre le sol.

La Ménagerie avance. Encore. Toujours. Les Talons continuent d’attaquer, mais ils tombent plus vite qu’ils n’arrivent. Zil déchire une jugulaire avec ses propres crocs, puis achève le Guerrier-Talon à coups de hachettes dans les jambes. Le Grand Carillon tente alors de plonger dans l’esprit de Simon. Et échoue. Simon résiste. Mais pendant un bref instant, quelque chose se dévoile. Derrière le masque mental du Grand Carillon… une silhouette féminine. Le chef de la Cour des Pendules vacille. Il murmure qu’il ne peut pas devenir aussi faible maintenant. Simon ne répond pas avec des mots. Il arrache une nouvelle statue et la lance sur le miroir. CRAC. Une nouvelle secousse frappe la dimension. Le bombardement continue dehors. Le miroir n’est plus qu’un réseau de fractures.

Au huitième assaut, le Grand Carillon tente encore de contrôler Simon. Encore un échec. Cette fois, le guerrier voit davantage : une humaine. Une femme. Il ne connaît pas encore son visage. Mais il sait désormais ce qui se cache derrière le masque. Simon lève les yeux vers le pendule, presque arraché de son support, puis demande aux autres s’il ne faudrait pas frapper ça plutôt que le miroir. Avel, en plein combat, répond sans hésiter : pourquoi choisir ? Frappons les deux. Simon lance une nouvelle statue. Elle frappe le miroir, puis le pendule. L’attache cède. L’immense mécanisme tombe et explose contre le sol. Le miroir tient encore, à peine. Mais le Paladin-Talon aussi.

Avel frappe, se fait saisir le poing, reçoit une lame au visage qui ouvre sa joue… puis trouve encore la force de lancer une fléchette à travers le champ de bataille. Elle se plante exactement entre les yeux du dernier Talon qui harcelait Boghar. Orion, lui, enchaîne les coups sur le Paladin-Talon, le force à tomber à genoux, puis lui crache dessus. La créature, épuisée, tente encore une attaque. Sa hallebarde lui échappe des mains. Alors, dans un dernier réflexe, elle plante sa lame de bras directement dans le foie d’Orion. Le paladin crache du sang noir. Une nouvelle secousse traverse la dimension. Plus forte. Plus proche. Quelque chose, dehors, est en train de détruire la Villa.

Boghar puise alors dans ce qui lui reste. Une énergie verte se répand depuis son carnet, et des lianes magiques entourent les membres de la Ménagerie, refermant les plaies, redonnant du souffle, de la force. Tous sentent la vitalité revenir. Tous sauf Orion. Le revenant ne répond pas à cette magie. Boghar court vers lui avec les Fleurs du Mal, mais Orion, titubant, lui rappelle presque absurdement qu’elles doivent être cuisinées. Zil, elle, ne perd pas de temps. Elle se tient face au Paladin-Talon à genoux. Ses deux hachettes se lèvent, puis s’abattent ensemble. CRAC. Le crâne de la créature se fend en deux.

Il ne reste plus que le miroir. Et le Grand Carillon.

La silhouette avance derrière le verre et pose une main contre sa surface. Une onde de choc explose. Boghar tient debout grâce à sa masse et à son bouclier. Zil est projetée, Avel aussi. Orion, déjà à l’agonie, est sur le point de prendre l’impact de plein fouet. Simon comprend. Il annule sa rune. Son corps rapetisse brutalement. Et dans sa chute, il se place devant son frère. L’onde frappe Simon à sa place.

Puis tout s’effondre.

Des lueurs apparaissent dans l’espace, comme si la dimension se déchirait de l’intérieur. Le sol disparaît sous les pieds de la Ménagerie. Avel réagit immédiatement, invoque les courants d’air et ralentit la chute de chacun. Ils descendent presque doucement… mais les débris les suivent. Pierre. Bois. Verre. Métal. Puis le noir.

Lorsque la Ménagerie reprend connaissance, l’aube se lève sur Gardemer. La Villa du Centenaire n’existe plus. Autour d’eux, il ne reste que des ruines fumantes. Un boulet de trébuchet passe au-dessus de leurs têtes et vient s’écraser plus loin dans un fracas immense. Boghar se relève difficilement et, malgré son bras droit brisé et nécrosé, retrouve dans son carnet la page du Sanctuaire. Une aura verte enveloppe Orion, protégeant le revenant déjà à bout de forces.

Puis les décombres bougent.

Une silhouette se relève.

Sans masque.

Pour la première fois, le visage du Grand Carillon apparaît.

Tassira Valcroix.

La noble rencontrée au Pavillon du Prisme. La femme aperçue aux Enchères Opaques. Celle qui avait aidé Dagan. Celle qui s’était réfugiée dans les égouts. Celle qui était restée à leurs côtés. Le Grand Carillon.

Elle n’a plus besoin de masque, annonce-t-elle. Dans quelques minutes, la Cour des Pendules reprendra le contrôle de ce monde. Autour d’elle, les gravats remuent. Une aura noire s’étend. Des Talons émergent des ruines. Des simples. Des Guerriers. D’autres encore. Une armée. Tassira sourit. Elle sera celle qui mettra fin à la Ménagerie.

Puis une lumière violette apparaît.

D’abord autour d’Avel.

Puis de Simon.

D’Orion.

De Boghar.

De Zil.

Une énergie chaude, puissante, familière. Les blessures se referment. Les corps reprennent vie. Même Orion sent sa force revenir. Seul le bras nécrosé de Boghar refuse encore la magie.

Et derrière eux… Jarad Brin-de-Chêne se tient debout.

Sa propre blessure à l’abdomen a disparu. Ses yeux brillent d’un violet profond. Il regarde Tassira. Et pour la première fois depuis le début de cette histoire, il connaît le visage de son ennemi. Jarad s’élève doucement dans les airs. Il sourit presque. Puis regarde derrière elle.

« Tu as perdu quelque chose, toi aussi. »

Tassira se retourne. À une vingtaine de mètres au-dessus du sol, accroché à une poutre qui tient encore par miracle, quelque chose brille. Le collier de Serena di Carvani. Et suspendue à celui-ci… la Clé de la Mélancholie. Tassira porte immédiatement la main à son propre cou. Vide.

Jarad souffle. Ça lui a pris du temps. Beaucoup trop. Mais il a compris. Il sait maintenant comment contrôler ce qui se trouve en lui. Il se tourne vers ceux qui se tiennent derrière lui. Ses amis. Il ne lui manque plus que la clé pour terminer ce qu’ils ont commencé. Alors il leur demande une dernière chose : de s’occuper du reste. Lui ira chercher la clé.

Puis son regard revient vers Tassira. Et quelque chose change dans sa voix. Ce n’est plus l’enfant des rues qui volait des bourses pour Dagan. Ce n’est plus le garçon terrifié dans une cellule des Geôles de Bronze. Ce n’est plus le Gardien que le Trousseau voulait enfermer dans son destin. C’est Jarad Brin-de-Chêne.

Il regarde la dirigeante de la Cour des Pendules, puis la Ménagerie qui se relève derrière lui. Depuis le début, ils auraient dû échouer. Avel avait été envoyé·e sans même comprendre ce qu’iel cherchait. Orion avançait avec une foi dont il ignorait encore le véritable but. Simon n’avait parfois rien eu d’autre que sa chance pour trouver le bon chemin. Boghar avait traversé le continent simplement pour protéger ce qu’il lui restait de famille. Et Zilgwyn ne faisait même pas partie de leur histoire lorsqu’elle avait commencé. Aucun d’entre eux n’aurait dû se trouver ici. Aucun d’entre eux n’avait été choisi pour sauver Gardemer.

Et pourtant, ils étaient toujours là.

Jarad regarde Tassira et comprend enfin ce que la Cour des Pendules n’a jamais su voir. Elle a cru que lorsque les murs tomberaient, lorsque les familles mourraient, lorsque les héros seraient épuisés, lorsqu’il ne resterait plus rien à sauver… plus personne ne se dresserait devant elle. Elle a cru que lorsque tout serait perdu, les gens arrêteraient d’espérer.

Jarad regarde une dernière fois ses compagnons. Puis Gardemer derrière eux. Les ruines. La fumée. L’aube.

Et il sourit.

« Mais eux… ils sont justement là pour que toutes ces personnes aient encore le droit de rêver. »

L’énergie violette explose autour de lui. La Clé de la Mélancholie brille au-dessus des ruines. Les Talons rugissent. La Cour des Pendules se rassemble. Et dans les premières lueurs du matin, la Ménagerie se remet en garde.

Gardemer n’est pas encore sauvée.

Mais elle n’est pas encore perdue non plus.

Rediffusion Face au Reflet de la Vérité