Session #15 · 25/05/2026

La Flamme du Revenant

Dagan se trouve entre la vie et la mort et la Ménagerie est pris par le temps... Alors que Jarad propose d'aller allumer le signal pour l'armée, le groupe doit sauver des civils dans l'église des Lanternes Voilées, qui ne réserve pas un bon accueil à Orion, rattrapé par des forces qui le dépasse.

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Dans la planque, l’air sent le sang et l’alcool fort, et la première seconde suffit à comprendre que le temps n’est plus une ressource : c’est un ennemi. Boghar et Orion se précipitent vers Dagan, tandis que Tassira ordonne à Zilgwyn de verrouiller la porte derrière eux, comme si un simple loquet pouvait tenir face à ce qui rôde là-haut. Le loxodon ouvre son carnet d’une main tremblante, s’impose la Sagesse du Hibou pour maintenir sa lucidité, puis attaque le travail sale : recoudre, comprimer, refermer. Il panse les entailles profondes du torse du goliath, le maintient immobile par la force du poids et la nécessité, et prend des risques pour aller vite, parce que Dagan n’a pas le luxe d’une guérison douce. À côté, Jarad s’agenouille et serre la main de Dagan, transfère de la vitalité par ses nouveaux dons, mais Veyra prévient : personne ne doit l’entendre crier. Alors Avel ferme les yeux et tire un voile sur le monde — une zone de silence s’étend, avalant les gémissements, étouffant la douleur, laissant la souffrance exister sans témoin. Vingt minutes plus tard, Dagan est stabilisé, blême, en sueur, la mâchoire serrée sur un chiffon rouge. Orion, voyant que Veyra et Tassira portent aussi leurs blessures, impose les mains et les rend à leur souffle, tandis qu’Avel relâche le silence et que le son revient comme une gifle : le craquement du bois, les gouttes, la respiration trop lourde d’un homme qui refuse de mourir.

Dagan essaie de s’asseoir contre l’avis général, puis se redresse, têtu, et Boghar lui tend ce qu’il reste de gnôle ayant servi à désinfecter : le goliath vide la bouteille d’une lampée, comme si l’alcool pouvait remplacer le sang. Il fixe Jarad et cligne des yeux — le garçon a vieilli, changé, et Dagan ne comprend pas ; Jarad esquive, trop chargé de secrets pour en rajouter un de plus. Mais les questions n’attendent pas. Dagan décrit Gardemer telle qu’elle est devenue : un cimetière à toit ouvert, une ville fantôme où les Talons errent encore, où les survivants se cachent, où l’on compte les morts par milliers, “retrouvés uniquement”. Il demande Caelys ; Avel répond sèchement qu’il ne sera pas là avant un moment, et qu’il est très bien où il est. Dagan pousse la question jusqu’à Jarad — est-ce qu’il est “des nôtres”, maintenant ? Jarad, froid, répond qu’il n’a peut-être jamais été des leurs.

À travers une ouverture grillagée donnant sur la rue, Simon observe le vide. La pierre, le silence, les silhouettes qui bougent au loin. Et, à droite, près de la fenêtre, le cadavre d’un enfant. Une présence muette, monstrueuse parce qu’elle est petite. Il le dit au groupe, et la pièce se remplit d’un poids que même les brasiers ne peuvent brûler. Dagan explique enfin pourquoi il est dans cet état : il a tenté un sauvetage à l’Église des Lanternes Voilées, où des femmes et des enfants s’étaient réfugiés, avec l’idée de les amener au Kraken de Cuivre, devenu forteresse et refuge. Mais le nombre de Talons était trop grand, et sans l’intervention de Veyra et Tassira, il y serait resté. Il ajoute, amer, qu’ils ont cru qu’en en tuant une centaine le flot diminuerait… mais ça n’a jamais été le cas. La ville ne se vide pas. Elle recrache.

La conversation bascule alors sur l’autre menace : le siège. Jarad demande à Simon quelles étaient les directives de Sir Tourbrillant. Simon répète le deal : un feu, une fumée dense, un signal pour prouver qu’il reste des vivants et retarder l’assaut. Dagan se cabre devant l’idée de massacrer des innocents “pour supprimer toute menace”, et Avel rappelle qu’ils ne savent pas ce que les militaires savent — qu’ils pourraient frapper sans comprendre. Tassira, lucide, demande le timing : vingt-neuf heures environ, et un feu peut décaler… mais rien n’est garanti. Jarad, alors, propose ce que lui seul peut faire : grimper, courir, filer comme un souffle, et allumer le brasero au sommet de la Tour de l’Horloge, point le plus haut de Gardemer. Simon approuve l’idée mais refuse l’idée de le laisser seul ; Jarad tranche, presque cruel : un poids de plus le ralentirait. Et il ajoute un autre clou : à l’église, il reste peut-être encore des victimes à sauver, puisque Dagan n’a pas pu les sortir.

L’hésitation dure. Longtemps. Jarad cherche le regard d’Avel, comme s’il demandait l’autorisation d’être héroïque. Avel finit par s’approcher, lui confie sa dague à câble, et lui arrache une promesse : pas comme sur les toits la dernière fois. Cette fois, ils se revoient vite. Boghar, pragmatique, propose un filet de sécurité : un sort de message à distance, vingt-cinq mots. Dans une heure, si Jarad n’a pas reparu, il enverra : “Est-ce que le feu est ok ?” Jarad n’aura qu’à répondre. Sans réponse, la Ménagerie montera à la Tour. Puis, avant de partir, Jarad et Dagan se rapprochent. Dagan, d’une voix basse et brutale de tendresse, lui ordonne de ne faire confiance à personne, sauf la Ménagerie et ceux du Kraken. Il lui demande d’être aussi fougueux que sa mère, mais plus prudent. Et ils s’étreignent. Une vraie étreinte. Celle qui surprend tout le monde parce qu’elle ressemble à de l’amour, dans un monde qui ne laisse plus beaucoup de place à ce mot. Jarad s’en va.

Reste à bouger sans mourir. Zil hésite à suivre Jarad ; Avel préfère qu’ils restent ensemble pour l’église. Zil tranche : elle suit la Ménagerie. Simon grogne, moitié soulagé moitié inquiet : il préfère toujours l’avoir avec eux que contre eux. Des tissus sont tirés sur les visages, et Simon, dans un éclair rare de génie, mime la démarche heurtée des Talons, propose qu’ils avancent comme eux : ces choses chassent à la vue, et une silhouette “familière” vaut parfois mieux qu’une ombre qui court. Un silence suit — surpris, presque respectueux — puis tout le monde reconnaît que, pour une fois, le plan est excellent. Ils se mettent en route.

Avant de quitter la planque, Avel tente de contacter Marado. L’amulette du Rieur Fendu fusionne avec le masque, qui se déforme, dessine des traits familiers… Marado apparaît un battement, juste le temps de souffler “ce n’est pas le moment”, puis tout se dissipe. Ce n’est pas une réponse, mais c’est une certitude : il n’est pas mort. Tassira remercie la Ménagerie, souhaite bonne chance ; elle et Veyra restent pour veiller sur Dagan.

Dans la ville, chaque pas est un pari. Le groupe avance en jouant la comédie des Talons, mais Boghar fait du bruit, un frottement de trop, un choc involontaire… et des Talons dévient vers une maison. Quelques instants plus tard, il entend les cris d’une femme. La Ménagerie comprend sans qu’on le dise : ce bruit a coûté une vie. Le poids s’ajoute au reste, et ils continuent, parce que s’arrêter n’efface rien.

L’Église des Lanternes Voilées se dresse enfin, porte entrouverte. Orion et Boghar prennent la tête : bouclier levé, et la main d’Orion sur l’épaule du clerc déclenche un Bouclier de la Foi, une aura dorée qui enveloppe Boghar comme une promesse fragile. À l’intérieur, le sanctuaire est saccagé, les bancs renversés, les statues brisées. Des corps — femmes, enfants — mêlés à des Talons morts jonchent la grande salle. Zil, méthodique, pose un piège à la porte avec deux vases et une corde : un signal si quelqu’un entre. Et c’est là que quelque chose se fissure dans l’air. Orion entend des voix. Une présence dans sa tête qui murmure qu’il est “enfin avec nous”. Il tourne, cherche la source, mais il n’y a rien à voir… sauf, au fond de la nef, trois silhouettes encapuchonnées. Orion a l’impression de les avoir déjà vues. Sa vision se floute. L’une des formes affirme qu’il leur a ramené ce qu’ils cherchaient — et pointe Avel. Puis elle souffle à Orion qu’il a “presque fini”, et qu’il doit tuer désormais.

Orion bascule. Ses yeux se noircissent, sans iris, sans pupille. Il agrippe Boghar, perd le sens commun, et le combat éclate au milieu des cadavres et des lanternes brisées. Simon, tremblant de rage, demande à Boghar si son frère est maudit ; puis tranche : ce n’est pas une malédiction, c’est eux. Il faut tuer les occultistes. Boghar lance un Fléau, lianes fantomatiques qui entravent les silhouettes. Un occultiste lacère Avel à distance avec des éclats nécrotiques, comme des ongles qui traversent l’air. Avel répond au bâton, tente une reprise de volée, se fait saisir le pied, balayé au sol. Zil se jette sur un autre, hachettes en avant, ouvre le torse, fait jaillir un sang noir ; elle est presque soulagée que ce soit “humanoïde”, que cela puisse avoir une jugulaire. Et au cœur de tout, le ritualiste tient Orion comme une marionnette : il le force à frapper Boghar, puis Avel. L’épée de son frère s’abat, et Avel sent l’acier lui ouvrir l’abdomen ; Orion tente même un châtiment, mais son amulette refuse de répondre — comme si la foi elle-même rejetait la main qui frappe sans volonté.

Simon, sous les ordres hurlés de Zil, se précipite sur Orion. Il active la rune de feu de son Sabre de Mer, frappe, se heurte au gantelet, puis touche au genou : des chaînes de feu jaillissent du sol et enserrent les jambes d’Orion. Avel, au même moment, riposte, et le morceau de la Parole attaché à son bâton s’active : des runes magiques frappent l’occultiste, deux fois, trois fois, jusqu’à ce que le corps s’enflamme et se désagrège en fumée violette sous une reprise de volée finale au crâne. Zil tente de replonger dans sa rage — elle pleure du sang — mais son esprit accroche une pensée de Caelys et la rage se coupe net ; elle continue pourtant, tranche, puis décapite l’occultiste restant et se jette sur la ritualiste. Boghar, libérant ses derniers moyens, soigne Avel d’un flot de lierres et d’énergie verte ; revigoré·e, Avel bondit sur la ritualiste, lui assène un coup dans la carotide, arrache la capuche… et révèle l’horreur : une humaine à la moitié du visage sans chair, crâne apparent, asticots vivants dans la cavité. La ritualiste recule, reçoit la pluie de lames de Zil, puis lâche Orion d’un regard. “Ce sera pour une autre fois.” Elle s’évapore dans un feu violet immense et disparaît.

Orion retombe à lui-même comme on se réveille d’un cauchemar. Simon le secoue, lui met des petites baffes, vérifie qu’il est revenu. Orion lâche son épée, horrifié par ce qu’il se souvient avoir fait. Et Simon remarque alors la marque : sur le cou d’Orion, un symbole nouveau, avec une flamme verte en son milieu, gravée comme une sentence.

Un fracas retentit à l’entrée. Des pas. Et Jarad surgit, un vase à la main, demandant si c’est eux qui ont installé le piège ; Zil éclate de rire au milieu des morts. Jarad prend des nouvelles, voit les corps, comprend que les femmes et les enfants n’ont pas été sauvés. Il n’y a pas le temps de pleurer : une horde de Talons le poursuit. Il a allumé le brasero de la Tour de l’Horloge, mais la lumière a attiré les monstres. Le groupe fuit. Simon, fanfaron, affirme qu’en vitesse il bat tout le monde… puis trébuche sur un débris et s’écrase au sol. Les Talons approchent. Jarad lance la dague à câble, Simon s’y accroche, et Jarad le traîne sur toute la distance, le râpant de sable, de cailloux et de gravats, mais le sauvant.

Le Kraken de Cuivre apparaît enfin, barricadé comme un fort. Un loquet s’ouvre : “mot de passe.” Panique. Zil tente “mot de passe”, tente l’intimidation — rien. Les Talons arrivent. Boghar, dans un éclair, utilise son sort de message non pas vers Jarad… mais vers Veyra, restée à la planque : “Quel est le mot de passe ?” La réponse fuse : “Curiosité.” Boghar répète. La porte s’ouvre. Ils se jettent à l’intérieur, la barricade se referme juste à temps.

À l’intérieur, la taverne est devenue un refuge : des dizaines de survivants, serrés, hagards, vivants. À l’entrée, Echo & Slash s’embrouillent sur le protocole quand des gens frappent à la porte en pleine crise, et leur querelle absurde rassure presque : ici, il reste encore des voix familières. Puis Kelsian apparaît, tenant l’endroit comme un roi de l’ombre. À l’évocation de “la Ménagerie”, les murmures se propagent, les regards convergent, et le silence tombe. Un petit être tire la veste de Kelsian — une enfant tieffeline aux cheveux roses. Kelsian la prend dans ses bras et confirme, doucement, que oui… ce sont bien ceux qu’ils attendaient. Il présente April, sa fille, la raison de son absence au moment où la ville tombait.

Jarad, pensif, prend les devants et demande si Kelsian a rassemblé tout le monde ici. Kelsian confirme : avec l’aide de Dagan, Veyra, Tassira. Puis Jarad pose une question qui refroidit tout : est-ce que quelqu’un ici a déjà entendu un Talon parler ? Personne ne répond oui. Jarad, lui, a entendu autre chose dans la poursuite : des mots arrachés à des bouches de chouette, une phrase qui ressemble à un ordre… et à un culte : ils voulaient attraper Jarad, pour “le Grand Carillon”… pour “la dame.”

Rediffusion La Flamme du Revenant