La Ménagerie se tient dans la salle de la fresque, face à Caelys… et à Jarad.
Le demi-elfe sourit en premier. Un sourire sincère, presque fragile. Simon le lui rend, soulagé de revoir le jeune voleur vivant. Mais la tension est immédiate. Caelys est sur les nerfs, et Boghar, instinctivement, se place en protection, bouclier levé. Jarad intervient aussitôt : ici, on ne se bat pas. Dans le Cadran, les membres du Trousseau des Songes ne peuvent lever les armes.
Les retrouvailles sont brèves, étranges, tendues. Zil exige des réponses. Avel pose une main sur l’épaule de Jarad, vérifiant qu’il est bien réel. Caelys accepte, à contrecœur, de les conduire aux quartiers du demi-elfe en attendant que le Conseil Majeur sorte de sa préscience — car si les elfes découvrent des non-elfiques dans le Cadran, les conséquences pourraient être irréversibles.
Dans ses quartiers, Jarad explique ce qu’il sait : le Trousseau des Songes vit ici, dans cette ville creusée au cœur de l’Aiguille Basse. Depuis neuf jours, il apprend à percevoir dans les rêves. Ses souvenirs de leurs songes sont flous : le bruit des vagues pour Simon, un bourdonnement pour Myreklion, le silence pour Avel. Puis il part rejoindre Caelys en salle de méditation.
Boghar soigne les siens. Le silence s’installe.
Puis Myreklion se lève.
La Parole est devenue instable. Trop instable. Il ne peut plus protéger Avel, ni la Ménagerie. Il serre la main de Zil, lui demande de veiller sur eux… et quitte les quartiers. Définitivement.
Quelques heures plus tard, le groupe découvre son départ. Un fragment déchiré de la Parole reste derrière lui, porteur d’un adieu.
Jarad revient avec Caelys. Apprend la nouvelle. L’accepte, triste.
Zil exige enfin la vérité.
Jarad, malicieusement, propose d’espionner la discussion. Les passages secrets qu’il a creusés durant ses insomnies les mènent dans un bureau où chacun se dissimule. Rideau, bureau, plante, pierre.
Et Caelys parle.
Le Trousseau protège le Plan Étoilé d’Oneyros. Les neuf clés. Un gardien pour chaque clé. Lorsqu’un gardien meurt, la clé crée un nouvel être.
Il y a dix-huit ans, la Clé de la Mélancholie perdit son gardien.
Ce gardien… était Jarad.
Créé par la clé. Né de Maïa Brin-de-Chêne. Sans père.
Caelys avait menti au Conseil. Il avait refusé de l’arracher à sa mère. Mais Maïa est morte, consumée par ce qu’elle avait porté. Avant de mourir, elle lui fit promettre de protéger Jarad de son destin.
Et maintenant le Conseil sait.
Car la clé fut volée. Refit surface à Gardemer. Serena di Carvani l’acquit sous l’influence de la Cour des Pendules. Tous pensaient qu’elle était la Gardienne. Ils se trompaient.
Jarad est le Gardien.
Et lié à lui… Nafas. L’enfant-génie d’Oneyros. Le souffle mélancolique. Une entité que seul un mortel peut libérer dans le Plan matériel.
Derrière le rideau, Jarad entend tout.
Ses yeux virent au violet.
Des chaînes surgissent du sol, entravent Zil et Caelys. Les sorts échouent. Rune de sommeil, Commande, Immobilisation — rien ne l’atteint. Il pleure pourtant.
Il comprend. Il a toujours été un outil. Un voleur pour les rues. Un pion pour la Cour. Une arme potentielle pour le Trousseau.
Il libère Zil. Affronte Caelys.
Gardemer brûle peut-être par sa faute. La clé est dehors. Il part la récupérer.
Avel le suit. Simon aussi. Orion tempère mais accepte. Zil le sermonne durement, puis choisit de rester à ses côtés. Boghar les rejoint.
Jarad défie Caelys : le Conseil mettra trop de temps à réunir les autres Gardiens. D’ici là, la Ménagerie aura sauvé Gardemer.
Ils traversent le Cadran à visage découvert.
Dans l’étable attendent les Morogones — buffles blancs aux cornes enchantées, montures des messagers du Trousseau.
Usure pour Boghar et Zil. Isabelle pour les frères Anakhlis. Bill pour Jarad et Avel.
Avant de partir, Jarad remet à Orion une missive : à Gardemer vit quelqu’un qui sait ce qui est arrivé à Faldemar.
Puis ils quittent l’Aiguille Basse.
À dos de Morogones, la Ménagerie galope vers Gardemer.
Et sans peut-être le comprendre encore, ils viennent de choisir le moment où l’histoire de Jarad Brin-de-Chêne ne lui appartiendra plus seulement à lui… mais au monde entier.