Session #17 · 06/07/2026

Les Secrets de la Villa du Centenaire

Désormais arrivé à la Villa du Centenaire, la Ménagerie doit rentrer dans cette villa et en découvrir ses secrets... pour éviter de tomber dans un piège qui sonnerait leur perte.

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Session 17 — Les Secrets de la Villa du Centenaire

La Villa du Centenaire se dresse devant la Ménagerie comme une anomalie au milieu d’un Gardemer éventré. Là où les autres demeures de la Galerie des Commissaires ont été pillées, incendiées ou abandonnées aux Talons, celle-ci reste intacte. Silencieuse. Presque propre. Trop propre. Jarad et la Ménagerie approchent armes dégainées, encore marqués par le brasero de la Tour de l’Horloge qui vient de s’éteindre derrière eux. Boghar demande, avec un pragmatisme tranquille, si passer par la porte d’entrée serait une bonne idée. La réponse est immédiate et unanime : non. Zilgwyn consulte le plan récupéré au Kraken et repère plusieurs accès à l’arrière de la propriété, tandis qu’Avel remarque derrière une fenêtre un rideau qui bouge légèrement. Un détail minuscule, mais suffisant pour rappeler que, malgré son apparente tranquillité, la demeure n’est peut-être pas vide.

À l’arrière, Simon s’intéresse à un petit cabanon de jardin dont la porte est entrouverte. Il glisse son Sabre de Mer dans l’interstice et découvre qu’une chaîne bloque l’ouverture depuis l’intérieur. Un coup de lame suffit à la faire céder, et le courant d’air pousse lentement la porte. Le décor tranche brutalement avec le reste du jardin : le cabanon est entièrement en bois, le sol recouvert de feuilles et de papiers éparpillés, et au fond repose un autel sur lequel plusieurs métronomes battent chacun à un rythme différent. Au-dessus, un crâne de troll surplombe des bougies qui brûlent depuis si longtemps que la cire a coulé en épaisses traînées. Pourtant, rien ne donne l’impression d’une fuite précipitée. Les papiers ont été laissés là comme si ceux qui occupaient cet endroit avaient simplement cessé d’y revenir. Zil rejoint Simon et se penche sur les feuilles. Des runes y sont dessinées partout, répétées, superposées, presque absurdes. Le rythme des métronomes devient vite insupportable. Simon remarque alors que les pupilles de Zil se teintent de rose, que sa respiration change, que son attention se fixe de manière anormale. Elle lui jette des feuilles au visage, lui s’énerve à son tour, fait voler les papiers dans le cabanon, et pendant un instant voit la tête de Zil se transformer en celle d’un Talon. Il cligne des yeux : tout redevient normal. À l’extérieur, Orion, occupé à inspecter un puits, tente presque machinalement de lui parler… et une voix lui répond depuis les profondeurs, les avertissant qu’ils ne sont pas chez eux ici et qu’ils doivent partir.

Avel intervient finalement dans le cabanon, attrape Simon et le projette dehors pour lui faire reprendre ses esprits. Les runes continuent pourtant de lui apparaître par flashs devant les yeux. Jarad le relève, tente de comprendre, et Simon lui confirme que Zil est toujours à l’intérieur, complètement absorbée. Jarad veut entrer à son tour, mais Avel l’en empêche : la folie semble presque instantanée. Alors Avel utilise ses pouvoirs de génasi pour faire léviter l’harengonne, tandis que Jarad et Orion ouvrent grand les portes afin de la faire sortir sans que personne d’autre n’ait à pénétrer dans la pièce. Zil se débat, frustrée de voir les feuilles lui échapper des mains, avant d’être déposée dans l’herbe. Le silence qui suit est gênant ; Simon et Zil évitent quelque peu les regards, tandis que les autres sont surtout soulagés de les avoir sortis à temps.

Pendant ce temps, Boghar a poursuivi l’objectif premier : trouver une entrée dans la villa. Il choisit l’une des portes arrière indiquées sur le plan et découvre une petite laverie. Des draps tachés de sang y côtoient des vêtements impeccablement propres, taillés dans des tissus nobles. Il appelle les autres, Jarad cale une pierre sous la porte pour garder une sortie ouverte, puis illumine sa dague d’une lueur violette afin d’éclairer les pièces. Commence alors une exploration étrange, presque frustrante par son absence d’anomalies évidentes. Boghar découvre des dortoirs propres et impersonnels, manifestement destinés à des invités. Orion, lui, se concentre sur son amulette et perçoit une immense énergie négative imprégnant les lieux, mais aucune créature identifiable. Pas de mort-vivant, pas de fiélon, rien. Seulement cette sensation. Il traverse un petit salon puis une cuisine extrêmement propre, froide, sans odeur, avec un couteau posé de manière légèrement anormale sur un plan de travail. Zil remarque un escalier menant vers un niveau inférieur. Ailleurs, Boghar et Avel découvrent un salon banal. Jarad les rejoint par une autre porte et résume la sensation générale : rien ici n’est anormal… et c’est précisément ce qui ne va pas. Une villa abandonnée depuis des années ne devrait pas être aussi propre. Quelqu’un vit ici. Reste à savoir qui.

L’exploration continue avec toute la méthode dont la Ménagerie est capable. Avel se perd du côté des dortoirs et, après une mauvaise manipulation, se retrouve enfermé·e lorsqu’un cadre tombe de l’autre côté et bloque la porte. Simon, lui, traverse innocemment la cuisine, dépasse son frère et Zil, puis entre dans la serre accolée à la villa. Les fleurs sont magnifiques. Il en renifle une, puis une autre, voit sa vision se brouiller… et s’écroule immédiatement. Zil entend le bruit et demande à Orion si ce n’était pas Simon qu’ils venaient justement de voir passer. Le paladin jure et se précipite avec elle. Ils découvrent le guerrier runique profondément endormi au milieu des plantes. Orion comprend rapidement que toutes possèdent des propriétés somnifères, et surtout qu’elles proviennent de régions très différentes du Continent Enchaîné. Celui qui a constitué cette serre a beaucoup voyagé, ou possède suffisamment de moyens pour faire venir des espèces rares des quatre coins du monde. Orion réveille son frère à coups de pied, puis prélève malgré tout un bouquet pour l’étudier plus tard. Boghar, en les rejoignant, constate à son tour que chaque plante a été entretenue avec un soin presque obsessionnel.

Avel finit par résoudre son problème de manière plus directe : quelques coups de pied chargés de ki suffisent à faire céder la porte. Zil et Jarad accourent, alarmés, et découvrent simplement Avel expliquant s’être enfermé·e par accident. Le cadre tombé attire néanmoins son attention : il représente la Villa du Centenaire en pleine construction. Une inscription apparaît au bas de l’œuvre : an 103, presque un siècle auparavant. Jarad lui propose d’avancer, tandis que Zil annonce avoir trouvé ce qui ressemble à un passage souterrain. Le trio descend dans un long couloir qui, étrangement, se termine par un escalier remontant… toujours au rez-de-chaussée, cette fois dans une cave à vin. Avel tente d’examiner l’étiquette d’une bouteille, mais la rend presque illisible en la manipulant ; seul un détail reste évident : toutes les bouteilles sont identiques et proviennent de la même verrerie.

De leur côté, Orion, Boghar et Simon quittent la serre et entrent dans un petit dépôt contenant de la vaisselle de très bonne facture. Orion saisit une assiette en céramique et reconnaît les armoiries de Piliers-de-Houle, région située à l’opposé du Continent Enchaîné et réputée pour ses ateliers de céramique. Encore un objet ayant voyagé beaucoup trop loin pour être ici par hasard. Le trio poursuit ensuite jusqu’à une grande pièce de travail remplie de bureaux, de papiers et d’encre encore humide. Un sablier brisé a répandu son sable au sol. Quelqu’un était là récemment. Simon pousse une nouvelle porte, découvre un petit salon et fouille une commode dans laquelle repose une enveloppe cachetée adressée à la Villa du Centenaire. Le cachet est celui du Royaume de Plaine-au-Lac, mais pas celui du roi Kaelor Peau-d’Orage : Simon reconnaît les anciennes armoiries. L’enveloppe a déjà été ouverte puis rescellée. À l’intérieur, une lettre non signée évoque des personnes facilement influençables que “ils” pourraient utiliser, ainsi que trois assassinats récents, tous parfaitement exécutés en trois jours. “Leur plan fonctionne.” Tout dans les mots et dans les armoiries renvoie à une autre époque. Une époque où Khadric III régnait. Simon conserve la lettre.

Boghar découvre ensuite une petite salle d’archives remplie de parchemins. Trop sombre pour lire, il allume une bougie. Mauvaise idée. Une poche de gaz s’embrase et le feu se répand aussitôt sur les documents. Le loxodon réagit avec un sort de création d’eau et parvient à maîtriser l’incendie, mais les archives sont désormais brûlées, trempées ou irrécupérables. Orion arrive juste à temps pour contempler le désastre. Boghar prétend alors, avec un sérieux absolu, que les parchemins étaient probablement dangereux. Après l’expérience du cabanon, Orion doit reconnaître que ce n’est peut-être même pas une mauvaise excuse.

Dans la salle à manger, Jarad, Zil et Avel découvrent un tableau représentant les Douze dragons-dieux autour de Draynera, puis un autre montrant une famille de quatre personnes : un homme, une femme, un garçon et une fille. Leurs quatre visages ont été brûlés, grattés jusqu’à rendre toute identification impossible. Une inscription subsiste pourtant : “Portrait famille S.D.C.” Zil parvient à la lire. Jarad contemple longuement la toile et demande si les autres pensent à la même chose que lui : les di Carvani. De l’autre côté de la villa, Boghar, Simon et Orion pénètrent dans un grand bureau. Orion y trouve un ancien acte de propriété de la Villa du Centenaire, avec une signature qu’il ne reconnaît pas, mais également un mandat d’étude signé par Obadiah Roc-Fellé, bien plus récent. Quelqu’un a donc officiellement enquêté sur cette demeure durant les dernières années. Boghar, lui, découvre une lettre de soigneurs du Royaume de Plaine-au-Lac évoquant un patient sur lequel plusieurs traitements ont échoué, un individu trop instable pour être soigné correctement et maintenu dans un état végétatif. La lettre se termine par une question glaciale : faut-il continuer à le maintenir ainsi… ou le tuer ? Boghar conserve le document.

Simon finit par monter seul à l’étage, où l’atmosphère change. Les pièces sont moins propres, moins entretenues, presque abandonnées. Une grande double porte ouverte donne sur un immense bureau bordé de bibliothèques montant jusqu’au plafond. Une cheminée occupe le mur opposé et, au-dessus, trône le portrait d’un homme brun, élancé, vêtu avec austérité, au regard dur. Sous le tableau : Sir Rook Senior. Enfin un nom. Simon se jette dans les bibliothèques… avant de constater qu’il ne comprend presque rien à ce qu’il lit. Jarad finit par le rejoindre, et les deux passent plusieurs minutes à feuilleter les ouvrages tout en se moquant mutuellement du fait qu’aucun d’eux ne sache lire suffisamment bien pour tirer quelque chose de cette bibliothèque gigantesque. Pendant ce temps, Zil et Avel découvrent une salle de détente avec piano, fauteuils et partitions ; sous les papiers d’une table basse apparaît la signature de l’artisan : Di Carvani.

La Ménagerie finit par se réunir dans le grand bureau de l’étage. Chacun pose ses découvertes : la céramique de Piliers-de-Houle, les plantes du monde entier, la lettre ancienne sur des assassinats, l’acte de propriété, le patient instable, le portrait S.D.C., le meuble signé Di Carvani. Tout semble ramener à Serena. Pourtant, quelque chose ne colle pas. Jarad rappelle que les di Carvani possèdent depuis longtemps leurs propres armoiries : un astre, un ange et un livre de savoir superposés sur fond bleu azur. Or un autre emblème apparaît un peu partout dans la villa : deux chouettes blanches se faisant face, séparées par une flèche d’argent pointant vers le bas. Ce ne sont pas les armes des di Carvani. Avel suppose qu’une autre branche de la famille pourrait avoir existé, mais Jarad reste sceptique. Serena est fille unique de Tobias, Tobias était l’aîné de quatre garçons, et même si des branches secondaires ont pu exister, rien n’explique une demeure de cette importance. Il rappelle aussi qu’Alezzio n’était pas un di Carvani avant son mariage, et que sa transformation bestiale n’est pas une malédiction familiale mais un Pacte du Protecteur, un lien qui transforme celui qui a voué sa vie à la protection d’un autre. Alezzio protège Serena. Rien de plus. Avel souligne alors que la villa date d’au moins l’an 103, bien avant la naissance de Serena ; si un lien existe, il est ancien.

Reste une autre incohérence : le plan de Zil indique un troisième niveau, mais aucun escalier ne semble y mener. Jarad propose sur le ton de la plaisanterie de faire exploser le plafond. Simon suggère plutôt d’envoyer Zil dans la cheminée pour la faire sauter une fois au-dessus du seuil. Jarad le fixe et lui fait remarquer que cela revient exactement à son idée. Zil, beaucoup plus raisonnable, demande s’ils peuvent au moins essayer d’être discrets. Boghar examine alors la cheminée. Il se glisse dans le foyer, cogne aussitôt son crâne contre le conduit condamné, mais remarque qu’il y a malgré tout des cendres. En balayant le sol, il découvre qu’une bûche carbonisée ne bouge pas comme les autres. Il la tire vers le haut. Un pan entier de bibliothèque coulisse, révélant un passage secret.

Derrière se trouve un débarras étroit, rempli de caisses et d’outils. Sur chacune figure l’emblème aux deux chouettes et à la flèche d’argent. Orion, resté dans le bureau, réalise maintenant qu’il sait quoi chercher : le même symbole est présent sur des documents, des meubles et des coffres autour de lui. Jarad est catégorique : ce ne sont pas les armes des di Carvani, et cela rend toute l’affaire encore moins logique. Pourquoi autant d’indices ramènent-ils à Serena si cette maison n’appartient pas à sa famille ? Zil monte sur les épaules de Boghar et tapote le plafond, à la recherche d’un mécanisme. Elle en trouve un. Un escalier se déplie lentement au-dessus d’eux. Aucun rayon de lumière n’en descend. Seulement un peu de fumée.

La Ménagerie s’engage. Zil prend la tête, hachette dégainée, mais Jarad la dépasse avant la troisième marche, lui adresse un petit signe de tête malicieux et annonce qu’il prendra les risques cette fois. L’harengonne marmonne derrière lui. Jarad fait tournoyer sa dague au bout de son câble, sa lumière violette dessinant les marches dans la pénombre. Puis ils émergent… et comprennent immédiatement que quelque chose est impossible. L’espace qui s’étend au-dessus de la villa est beaucoup trop vaste. La pièce paraît faire plusieurs fois la superficie de la demeure située sous leurs pieds. Une fumée épaisse flotte dans l’air, et devant eux s’étire une longue allée bordée de statues au corps humain et au visage de hibou. Au bout de cette allée se dresse un miroir colossal, haut de plusieurs dizaines de mètres. À son sommet pend un immense pendule qui oscille lentement, accompagné à chaque mouvement d’un bruit métallique et strident.

Et devant le miroir attend une horde d’une quarantaine de Talons.

Les armes de la Ménagerie sortent presque instinctivement de leurs fourreaux. Puis ils voient la silhouette qui se tient devant eux : noire, haute, élancée, portant un masque qu’ils connaissent déjà. Celui vu dans la dimension de poche du Gala du Prisme. Celui retrouvé dans la cellule de Jarad aux Geôles de Bronze. Orion jette un regard derrière lui et comprend que l’escalier a disparu. La voix de l’être résonne alors dans toute la salle, comme si chaque statue parlait en même temps : cela a été plus facile que prévu. Il est venu directement à eux, et il a même amené “les incapables” avec lui. La Ménagerie comprend enfin qu’elle se tient face au Grand Carillon, maître de la Cour des Pendules.

Zil tourne la tête vers Jarad et le voit saturé d’énergie violette, plus encore qu’elle ne l’a jamais vu. Ses yeux brillent, sa dague est prête, son corps tendu comme un ressort. Il regarde Avel et tranche : « Moi, je prends la clé. Vous, vous vous chargez du reste. Cette fois-ci… je contrôle. » Puis il bondit. Pendant un instant, il ne semble plus sauter mais voler, porté par cette magie nouvelle. Sa dague fuse au bout de son câble vers le Grand Carillon… puis change brutalement de trajectoire. Elle revient sur lui. Le câble s’enroule autour de son propre corps, et sa lame se plante violemment dans son abdomen. Jarad s’écrase au sol. Avant que quiconque puisse réagir, le Grand Carillon lève une main, soulève son corps inerte dans les airs et le projette dans l’obscurité, hors des limites visibles de la salle, où il disparaît dans un fracas.

Le Grand Carillon avance alors légèrement, et sa voix résonne une dernière fois : « On vous a proclamés les protecteurs de Gardemer… Voyons déjà si vous êtes capables de vous protéger vous-mêmes. » Devant lui, les quarante Talons se mettent en mouvement. Une vague de plumes, de griffes et de masques déferle vers la Ménagerie. Cette fois, il n’y a plus de sortie, plus de détour, plus de temps à gagner. Seulement la Cour des Pendules… et la bataille.

Rediffusion Les Secrets de la Villa du Centenaire